Entre la demission et l'acceptation de l'autre
Opposition tunisienne : une troisième voie ?
31-12-2007-
Dans un texte repris par un quotidien de la place, six personnalités politiques de l’opposition et de la société civile ont esquissé ce que l’on pourrait considérer comme une nouvelle approche de la vie politique nationale et des rapports avec le pouvoir.
L’importance de ce document est évidente, d’abord en raison de la qualité de ses signataires et de son contenu. Les auteurs de ce texte sont quatre membres du Parti Démocratique Progressiste : Mohamed Goumani, Fethi Touzri, Jilani Abdelli et Habib Bouajila, l’ancien trésorier démissionnaire de la L.T.D.H, Malek Kfif et Rami Salhi.
La présence de quatre dirigeants du P.D.P. est significative de certaines divergences au sein de ce parti, qui étaient apparues depuis un certain temps et notamment lors du dernier Conseil National, à propos de sujets tels que les rapports avec le pouvoir et la position à adopter à l’occasion des prochaines élections législatives et présidentielles de 2009.
Une tendance au sein du parti est favorable à des approches plus “réalistes et modérées” en rupture avec le “radicalisme” qui s’est montré, selon eux, improductif. Autre signe de ces divergences au sein de ce parti, qui a jusqu’ici, présenté une image d’unanimité : la démission collective des membres de la Fédération du P.D.P de Monastir pour protester contre les agissements de leur secrétaire général et le silence de la direction à ce propos.
La déclaration des six personnalités de l’opposition et de la société civile est également importante de par son contenu et les perspectives qu’elle peut ouvrir à une nouvelle approche de l’action politique d’opposition. Le texte considère dans son préambule que le discours du Président Zine El Abidine Ben Ali du 7 novembre 2007 ouvre des possibilités réelles de réforme et que “l’accélération du rythme de la libéralisation de la vie politique nécessite l’établissement de rapports de confiance entre toutes les parties autour des tendances de la réforme et le dépassement des accumulations du passé”.
La déclaration se veut en faveur d’une évolution graduelle mais aussi du courage dans les prises de décisions : “L’évolution graduelle fait partie de la culture politique tunisienne, mais elle est aussi caractérisée par l’audace dans la réforme, comme ce fut le cas lors de la promulgation du Code du Statut Personnel, la réforme du système d’enseignement et l’ouverture à la mondialisation.
Et sans audace, le Changement du 7 Novembre n’aurait pas pu se produire”. Toujours selon la déclaration, la réforme de la vie politique implique le respect “de la richesse et de la diversité du paysage politique”, la conscience de la part de l’opposition et du pouvoir des “menaces et des défis”, l’attachement aux valeurs de la République et l’adoption de la voie de la réforme graduelle. Dans sa seconde partie, la déclaration critique l’opposition radicale qui, par “l’escalade de la contestation” a éloigné les Tunisiens de cette approche et a donné à l’opposition un caractère “élitiste” et une audience populaire limitée.
La critique porte également sur les partis de l’opposition parlementaire qui, en se “départissant de leur rôle”, ont perdu leur crédibilité auprès de l’opinion et des élites. Cette déclaration suscite déjà l’intérêt de la classe politique. Les sceptiques ne croient pas qu’elle ait une suite significative alors que d’autres pensent qu’au contrairement, elle pourrait ouvrir de nouvelles perspectives. Tout le monde attend les réactions du pouvoir et du P.D.P. (Source: « Réalités », (Magazine hebdomadaire – Tunis), N° 1147 du 20 decembre 2007)