Ahmed Mannaii rentre apres 17 ans d'absence
et de M.Rached Ghannouchi
Par Sami Ben Abdallah
www.samibenabdallah.com
Après 17 ans à l’étranger.
Ahmed Manai a décidé de renoncer à son statut de réfugié politique et de rentrer en Tunisie.
Avant de rentrer, il répond à ses détracteurs et lance des accusations assez graves à l’encontre du Mouvement Islamiste Ennahdha et son Chef, M. Rached Ghannouchi. Il s’agit de faits, qui 18 ans après, suscitent encore des polémiques.
En 1990, une vraie répression s’abat sur les dissidents tunisiens. Le Pouvoir s’était défendu en soulignant qu’il réagissait par réflexe de survie face à une seconde tentative organisée par Ennahdha. Et ce dernier dénonce une machination arguant de son innocence. Il y a eu une première tentative de Coup d’Etat islamite en Tunisie prévue pour le 8 Novembre 1987 (Le groupe sécuritaire (1),
Lire les explications des leaders d’Ennahdha dans l’islamisme au Maghreb de François Burgat). Cette tentative a été avortée suite au changement du 7 novembre 1987. Mais la seconde vraie/fausse tentative du groupe sécuritaire (2) qui serait composé dans sa majorité par les mêmes éléments du groupe sécuritaire (1) est restée mystérieuse. Y-a-t-il eu une tentative d’abattre l’avion du Président Ben Ali par un missile Stinger ? (comme l’a soutenu le pouvoir ?) ou une autre tentative ? ou s’agit-il d’une fabrication des « services tunisiens » pour verrouiller l’espace des libertés ? A supposer qu'il y ait eu une tentative de prendre le pouvoir par la force, cela justifie-t-il la répression qui n’a épargné personne ?
Rappel des faits par Sami Ben Abdallah - Dans sa réaction, Ahmed Manai apporte quelques éléments de réponse:
Je n’ai eu aucune difficulté à me reconnaître et à reconnaître mes détracteurs dans ces quelques lignes de votre article, Le retour des exilés*, « La nième 'victime ' est un ancien exilé (auteur d’un livre censuré en Tunisie), qui a renoncé à son statut de réfugié politique et s’apprête à rentrer bientôt. Il a fui le pays il y a 17 ans après avoir été emprisonné ».
Au microcosme parisien (comme c’est le cas au microcosme tunisois), 'rien ne se cache '.Vous avez beau vous la jouer sourd, certains supposés démocrates et certains Islamistes (au fait !
C’est pas bien de faire la délation quand on jeune ! Vaut mieux s’abstenir, du moins durant ramadan. Reste encore 14 jours ! Un petit effort) ne vous lâche pas. ' Ils ' ont dit tout sur leur ancien 'frère ' qu’ils ont respecté autrefois. Tout est raconté dans les détails y compris la rencontre avec un haut responsable à l’ambassade… Non! Un 'très' haut responsable ».
Et dire que plusieurs de ces misérables arrogants et moralisateurs se voyaient, il y a quelques années, à la tête du pouvoir en Tunisie et certains d’entre eux nourrissent encore l’espoir d’y parvenir.
Cependant je dois vous avouer que j’ai appris à connaître ces gens, leur médiocrité et leur sectarisme. Leurs agissements envers ceux de « leurs véritables frères et aînés » qui les ont quittés, en disent long sur leur attachement aux préceptes de base de l’islam dont ils ont fait leur cheval de bataille. C’est là le plus important enseignement de mon exil.
Au moins je ne mourrais pas idiot et je me fais un devoir de le faire connaître aux gens et notamment aux jeunes. Cela ne tardera pas et leurs Cheikhs pourront toujours m’excommunier de la communauté des croyants ou m’interdire le Paradis dont ils détiennent le double des clés !
Ces quelques observations rapides :
1) Je n’ai pas fui le pays. J’ai quitté la Tunisie par l’aéroport de Monastir le 18 mai 1991 à destination de Paris. Je crois que c’était une des rares fois de ma vie où je n’ai pas été fouillé.
A mon arrivée à Paris, je m’étais enfermé dans une chambre d’hôtel durant trois jours pour me remettre de mes émotions et décider de la suite : témoigner ou me taire et rejoindre mon travail? J’ai décidé de témoigner, en mon âme et conscience.
Je n’ai donc pas fui le pays, mais j’ai dû organiser, quinze mois plus tard, la fuite de ma femme et de mes cinq enfants, harcelés et menacés de prison. C’est seulement à leur arrivée en France en octobre 1992, que nous avons demandé tous l’asile politique.
2) Je n’ai pas été emprisonné mais seulement placé en garde à vue, interrogé puis relâché. La différence est de taille.
3) Pour revenir à ces minables, dont certains, y compris une femme membre de leur Majless Choura, m’ont inondé d’injures au téléphone, très courageusement sous couvert d’anonymat bien sûr, pourquoi m’en veulent-ils tant ? Pour avoir déclaré sur Al Jazzera, le 12 juin 2008, qu’Ennahda a fait deux piètres tentatives de coup d’Etat ? Ils ont la mémoire courte. Je l’avais déjà dit au mensuel Parisien, Arabies, en novembre 1992, soit seize ans plus tôt, alors que les choses ne m’étaient pas encore suffisamment claires (1).
Bien avant cela!
Le 21 mai 1991, nous avions constitué un « Comité d’information » composé de trois membres : deux dirigeants d’Ennahda et moi-même.
Dès les premiers jours, j’ai commencé à m’interroger sur le bien fondé de leur thèse du « mouvement politique démocratique, pacifiste et légalise, victime de la répression d’un régime dictatorial ». Le premier déclic est venu d’une réflexion de Rached Ghannouchi.
Nous allions à un rendez-vous à Antenne 3, pour une interview avec Christian Mallard, quand, à quelques mètres du porche d’entrée de l’immeuble, le chef d’Ennahda lança à l’un de ses adjoints « nous ne laisserons de tout ça que le journal télévisé » ! Ce n’était pas un simple souhait, mais l’ordre irrévocable du maître qui décide et se fait obéir. En fait, il se trompait de chaîne. C’était Antenne 2 et non Antenne 3 qui diffusait des émissions en Tunisie.
Au bout de moins de trois mois, j’avais réuni suffisamment d’indices, juste des indices, et quelques bribes de confidence, sur le véritable projet d’Ennahda pour me décider à quitter ce Comité et à transmettre à Rached Ghannouchi « qu’il aurait dû me prévenir de son intention de renverser le régime pour me décider en connaissance de cause ». C’était au mois d’août 1991.
En bon musulman, Habib Mokni **qui sait par cœur la Sourate Al-Asr, ne manquera pas de signaler ce détail dans ses mémoires puisqu’il était l’un des membres de ce Comité et mon messager !
Depuis, je suis remonté au jour du départ de Rached Ghannouchi de Tunisie, au mois de mai 1989 et aux semaines suivantes où n’importe quel militant de ce mouvement racontait fièrement que « Al Haraka » avait un plan ; puis à cette année 1978 quand, à sa demande, j’avais commencé à l’introduire auprès de certaines personnalités du pouvoir alors qu’il avait commencé… à infiltrer l’armée et les services de sécurité ; puis, jusqu’à cette nuit du début du mois de juillet 1969, la veille de son retour en Tunisie, où il est venu me faire ses adieux et me dire, dans la petite salle de prière du 15, rue de Belleville à Paris- ouverte une année auparavant par l’algérien El Hadj Abdel Kader Maghnaoui- l’un et l’autre disparus depuis, « qu’il rentrait pour pousse sa tribu, les Béni Zid,à la révolte». Comme quoi le projet de « Fardh Al Hurryet » de 1991, n’était pas étranger au « complexe du pouvoir » qui a habité Rached Ghannouchi et ses affidés depuis une quarantaine d’années.
C’est tout un pan de l’histoire contemporaine de la Tunisie et il doit être raconté quoiqu’en disent les adeptes de la Tekya /Omerta.
Pour le reste, c'est-à-dire mon retour chez moi, dans mon pays, il n’intéresse que ma famille et mes amis. Ces derniers ont été mis au courant des détails de mes démarches depuis le début et ils savent que j’ai obtenu mon passeport le samedi 20 septembre 2008.
Un mot enfin des exilés. Un jeune chercheur tunisien prépare actuellement un diplôme sur ce sujet. Il le soutiendra au milieu de 2009 et je pense qu’il publiera ses travaux aussitôt après ! Vous verrez alors que les chiffres que vous avez avancés sont très loin de la vérité.
En attendant la publication de mon témoignage que je prévois pour le milieu de 2009 pour fêter le quarantième anniversaire de la « réintroduction de l’islam en Tunisie par Rached Ghannouchi en 1969 », selon l’un de ses inconditionnels, ma position sera la suivante : chaque fois qu’un de leurs valeureux snipers anonymes me tire dessus, comme cela est souvent arrivé au téléphone ou sur Internet depuis trois ans et surtout depuis cet interview à Al Jazeera, je tire une rafale sur Rached Ghannouchi, mais toujours dans un style qui garde un minimum de dignité au débat politique ; par exemple par l’évocation d’un point d’histoire ou la publication de bonnes feuilles de leur littérature édifiante. J’en ai sélectionné quelques unes pour les mois prochains. Pour les autres, ce sera du cas par cas.
Ahmed Manai
1) Tunisie : La dérive autoritaire - LES INTÉGRISTES EN CRISE - Arabies : Paris, novembre 1992
Décapité en Tunisie, le mouvement Ennahda doit faire face à une crise sans précédent dans son histoire. Considéré autrefois comme le phare des courants islamiques dans le Maghreb, il se trouve à l'heure actuelle paralysé, incapable d'assumer les conséquences de son échec, à la suite de la répression qui s'est abattue sur ses militants depuis 1990 où il avait été accusé de comploter pour renverser le régime par la force.
Peu d'observateurs parient sur la capacité du mouvement à renaître de ses cendres, depuis que sa direction a choisi l'exil en Europe et dans certains pays arabes, pour échapper à l'emprisonnement.
D'autres ont préféré s'effacer, comme cet ancien chef de liste électorale, soutenu par les islamistes aux législatives de 1989, qui affirme que « le mouvement de Rached Ghannouchi n'a plus le choix: soit il se transforme en groupuscule sans aucune emprise sur la réalité politique du pays, soit il disparaît pour devenir un mythe.
En effet, Ennahda connaît une hémorragie grave dans ses rangs.
A l'intérieur du pays, outre l'emprisonnement de ses cadres les plus actifs et les plus influents, beaucoup de militants et de cadres intermédiaires ont préféré la rupture, alors qu'à l'extérieur, en particulier en France, les cadres ont soit démissionné soit gelé leurs activités, tandis que d'autres ont, malgré eux, maintenu un semblant de présence pour pouvoir survivre économiquement.
Le malaise est général car une grande partie des militants demande des comptes et un examen approfondi des raisons de l'échec de la stratégie du mouvement. Ils réclament surtout un débat politique et idéologique, ce qui n'a jamais été le fort à Ennahda ».
Selon notre interlocuteur, « les profondes divergences qui secouent actuellement le mouvement s'articulent autour de la nécessité ou non d'une analyse critique de la période précédente. Ainsi, les détracteurs de Rached Ghannouchi posent-ils clairement la question de la responsabilité du déclenchement des hostilités à l'égard du pouvoir.
L'accusé principal est la direction clandestine, laquelle avait pris la décision, au lendemain des législatives de 1989, de renverser le régime par la force, avec pour unique justification que le pouvoir avait fermé la porte au dialogue ». « La suite a démontré clairement la faiblesse du mouvement », d'après notre interlocuteur.
La facilité avec laquelle le pouvoir avait réussi à démanteler la majeure partie de l'organisation a confirmé son caractère élitiste, alors que la direction clandestine estimait que tous ceux qui avaient voté pour les listes indépendantes étaient des partisans d'Ennahda. Ces clivages sur des problèmes de fond s'accompagnent de divergences sur la forme.
Si certains réclament un retour à la clandestinité avec une refonte des structures du mouvement d'autres proposent la création d'un parti politique. Ghannouchi, pour sa part, garde le silence, préférant rester à l'écart, redoutant l'éclatement.
Cependant, il conserve le pouvoir du seul fait que le mouvement ne peut, dans les circonstances actuelles, disposer des fonds accumulés durant des années: l'accord de Ghannouchi est en effet indispensable en tant que chef de la direction clandestine et unique Emir à l'heure actuelle, depuis qu'Ennahda ne compte plus d'Emir à l'intérieur du pays, contrairement à ce que prévoient les statuts de l'organisation ».
Le tableau sur l'opposition tunisienne à l'extérieur serait incomplet si on ne mentionnait un certain nombre de personnalités comme Mohamed Mzali, Ahmed Ben Salah, Mohamed Masmoudi et Ahmed Bennour, dont on pourra lire ci-contre l'interview exclusive à Arables….
Ahmed Manai,
Paris le 30 septembre 2008 (www.samibenabdallah.com)
*http://samibenabdallah.rsfblog.org/archive/2008/09/18/a-contre-courant-le-retour-des-exiles-coup-de-pied-dans-la-f.html#more
** Habib Mokni: Etabli en France depuis le début des années 1980, condamné en septembre 1986 à 20 ans de travaux forcés, Habib Mokni est le représentant en France du Mouvement de la Tendance Islamique (M.T.I) rebaptisé Ennahdha