Elections Legislatives au Maroc avec les Islamistes
Elections législatives- Maroc - des Islamistes si ordinaires
LEXPRESS.fr du 06/09/2007- Les militants du Parti de la justice et du développement espèrent un bon score aux législatives du 7 septembre. L'islam politique bénéficie de son action sociale de proximité et de la montée du conservatisme religieux.
Plus d'une trentaine de partis briguent, le 7 septembre, les suffrages des électeurs marocains. Quatre formations devraient dominer le scrutin:
L'Istiqlal
Fondé en 1943, le «Parti de l'indépendance» est le plus ancien. Nationaliste, très attaché à l'identité arabo-musulmane du Maroc, il est dirigé depuis 1998 par Abbas el-Fassi.
L'Union socialiste des forces populaires (USFP)
Le grand parti de la gauche marocaine est né en 1959, à la suite d'une scission de l'aile gauche de l'Istiqlal emmenée par Mehdi Ben Barka. Il est entré pour la première fois au gouvernement en 1998. Son premier secrétaire est Mohamed el-Yazghi.
Le Mouvement populaire (MP)
Créé au lendemain de l'indépendance parce que la monarchie voulait un parti qui puisse représenter le monde rural, plus légitimiste. Longtemps scindé en deux, puis réunifié en 2006, il est actuellement dirigé par Mohand Laenser.
Le Parti de la justice et du développement (PJD)
Seule formation islamiste représentée au Parlement, le PJD était à l'origine un petit parti dirigé par un proche de Hassan II. C'est une «OPA amicale» menée par de jeunes islamistes avec l'aval du Palais, en 1996, qui en a fait ce qu'il est. Il a pour secrétaire général, depuis 2004, Saad Eddine el-Othmani.
oilà plus d'un quart de siècle que les venelles de la médina de Fès ont été abandonnées aux plus pauvres. Des familles de paysans chassées par l'exode rural s'entassent dans les riyads jadis habités par la bourgeoisie, qui aujourd'hui, bien souvent, menacent ruine.
Pour de nombreux habitants de cette cité qui se désagrège, le bureau des pleurs a le visage et le hijab - turquoise ce jour-là, comme sa djellaba - de Khadija Naceri. La jeune femme assure une permanence quotidienne dans le local qu'occupe, dans la médina, le Parti de la justice et du développement (PJD), la seule formation islamiste représentée au Parlement marocain.
Son rôle? Prêter l'oreille à tous ceux qui viennent lui exposer leurs tracas, les orienter et constituer des cahiers de doléances qui seront communiqués aux élus du parti. Parfois, ce sont juste de pauvres gens qui ont besoin qu'on les aide parce qu'ils n'ont pas d'argent pour payer le médecin ou les médicaments.
Souvent, ils se plaignent des coupures d'eau ou d'électricité. Des vols aussi: le directeur d'une petite école qui s'est fait prendre son portefeuille; un gérant de café dont la caisse a été dévalisée par des malfrats...
Beaucoup de problèmes sont liés à la vétusté des habitations et aux ratés d'une politique de relogement d'autant plus difficile à mettre en œuvre qu'elle intervient le plus souvent dans l'urgence. C'est un dossier que Saïd Serghini connaît bien.
Ce professeur de lycée, élu municipal du PJD, parcourt régulièrement la vieille ville avec son appareil photo. Il alerte ensuite les autorités locales afin qu'elles étaient les maisons les plus dangereuses, en attendant de trouver une solution de rechange. Les élus du PJD suivent également de près les conditions dans lesquelles ceux qui doivent partir sont relogés.
L'installation récente, dans une cité de la périphérie, de plusieurs familles de la médina qui se sont vu attribuer des logements particulièrement exigus et mal construits, a ainsi fait l'objet d'une intervention de Lahcen Daoudi, le député de la circonscription, au Parlement national.
Ce travail de proximité est l'un des atouts majeurs du PJD, qui espère bien devenir, à la faveur des élections législatives du 7 septembre, le premier parti du royaume. Ce sera en effet la première fois que la formation islamiste, qui dispose de 42 députés dans l'assemblée sortante, présentera des candidats dans toutes les circonscriptions.
Le très grand nombre de partis, le mode de scrutin et le découpage électoral, très favorable aux zones rurales, où les islamistes sont peu implantés, rendent cependant peu probable le raz de marée annoncé par certains. D'autant que le PJD ne constitue que l'un des courants de l'islam politique marocain.
Or l'influente association Al Adl wal Ihsane (Justice et bienfaisance) du cheikh Abdessalam Yassine appelle, elle, au boycott des urnes. La sensibilité islamiste n'en bénéficie pas moins d'une réelle empathie au Maroc. Plus généralement, le conservatisme religieux a le vent en poupe dans le royaume.
Fès ne fait pas exception à la règle. Longtemps, son université a été un bastion de l'extrême gauche. Si les «camarades», comme les appellent les autres étudiants, restent très actifs dans certaines facultés - celle des sciences notamment - ou dans certaines filières - la philosophie - l'activisme estudiantin est, depuis plusieurs années, largement dominé par les militants d'Al Adl wal Ihsane. «Ils surfent sur la bonne image qu'a l'islam, dit Hafid, étudiant en sciences éco et militant des droits de l'homme. Ils se présentent comme les protecteurs de la religion.
Cela leur attire de la sympathie, mais celle-ci est plus sentimentale que politique. La grande masse des étudiants préfère rester à l'écart de tout engagement.» Abdullilah, qui termine une licence d'espagnol, a, lui, choisi d'adhérer à l'organisation du cheikh Yassine: «Le mouvement, explique-t-il, m'a structuré.» Jaouad y a trouvé «des gens qui font ce qu'ils disent».
Et Fatima, qui milite depuis l'âge de 13 ans dans le sillage de son frère aîné - elle en a 19 aujourd'hui - une «fraternité dans la religion». Politique et mystique, Al Adl wal Ihsane encadre étroitement ses adeptes en s'appuyant sur une organisation très hiérarchisée.
Elle se réclame à la fois du soufisme, version mystique et tolérante de l'islam, de la pensée politico-religieuse des Egyptiens Hassan el-Banna (1906-1949), le fondateur des Frères musulmans, et Sayyed Qotb (1906-1966), le «père» de l'islamisme révolutionnaire. Elle s'est fixé pour but de réislamiser la société par l'action sociale et l'éducation.
Une autre association islamiste, l'Organisation pour le renouveau étudiant, tente depuis peu une percée sur les campus. Créée en 2003, elle est issue du Mouvement unicité et réforme (MUR), la «maison mère» du PJD, dont elle partage le prosélytisme en faveur d'un ordre moral islamiquement correct. Mais elle est loin, pour l'heure, d'avoir le même poids, dans le milieu étudiant, que celle du cheikh Yassine.
Al Adl wal Ihsane et le MUR ont une caractéristique commune: elle font une très large place aux femmes. Loin d'être cantonnées dans l'action sociale, ces dernières, souvent issues de la petite bourgeoisie et diplômées de l'enseignement supérieur, s'impliquent de plus en plus dans les activités spirituelles de ces mouvements.
Le MUR s'est doté d'un prolongement féminin, l'Organisation du renouveau de la conscience féminine. Al Adl wal Ihsane s'est pour sa part fixé comme objectif la formation de 500 théologiennes d'ici à 2012. «Nous devons nous réapproprier les outils théologiques confisqués par les hommes», affirme Mouna Khalifi. Enseignante de sciences naturelles, membre des instances dirigeantes d'Al Adl wal Ihsane, elle a repris depuis quelques années des études à l'université coranique de Fès.
A cet engouement correspond la montée, dans les classes moyennes, d'un conservatisme religieux véhiculé par les chaînes satellitaires arabes. Al-Jazira, basée au Qatar, bien sûr, mais également les chaînes du Hamas palestinien ou du Hezbollah libanais, sont très regardées au Maroc.
Elles partagent la même grille de lecture de l'actualité: une Amérique en guerre contre la oumma, la communauté des musulmans. Les images quotidiennes de la répression israélienne en Palestine et de la guerre en Irak suscitent une réaction identitaire dont on mesure mal l'ampleur en Occident. En outre, de nouvelles chaînes religieuses ont fait leur apparition.
Celles-là ne couvrent pas, ou peu, les conflits du Moyen-Orient. Elles parlent du Coran et de la vie de tous les jours. La famille y est sacralisée, le port du voile, de rigueur. L'une de ces chaînes fait un véritable tabac au Maroc, notamment auprès des femmes et des jeunes: Iqraa TV, financée par des capitaux saoudiens et qui tire son nom de la célèbre injonction coranique («Récite!»).
C'est elle qui a lancé la mode de ce que l'on appelle désormais ici le «hijab nouvelle tendance»: un bandeau que l'on pose d'abord pour enserrer les cheveux, puis deux fins foulards que l'on superpose en assortissant avec soin les couleurs. Il s'agit bien sûr, surtout, d'un code d'identification, d'une façon de proclamer son appartenance à une «tribu». LEXPRESS.fr de notre envoyée spéciale Dominique Lagarde, avec Myriem Khrouz