Les Elections du Maroc - un pas vers la democcratie

Publié le par BOUCHADEKH Abdessalem

 

Maroc - les leçons d’un scrutin

Kader Abderrahim
Chercheur associé

 

On peut tirer deux enseignements majeurs des élections générales qui ont eu lieu au Maroc le 7 septembre dernier.

Tout d’abord, le Palais reprend la main politique, après des attentats qui ont fragilisé l’autorité du Roi et une contestation sociale accrue : Mohamed VI a repris les rennes du pouvoir réel et symbolique. Le mode de scrutin et le découpage électoral auront en effet permis d’éviter que se dégage une véritable majorité. Cette atomisation du champ politique s’inscrit dans le droit-fil de la stratégie mise en place par Hassan II et qui n’a jamais cessé d’être l’alpha et l’oméga de la vie politique marocaine.

Ensuite, l’abstention qui a atteint un niveau très élevée - 63% des inscrits - est un désaveu cinglant à la gauche, et singulièrement à l’USFP, qui n’a pas trouvé le second souffle nécessaire aux nouveaux défis auxquels était confronté le parti de Mehdi Ben Barka, face à des islamistes structurés politiquement et avec un appareil constitué de militants disciplinés et organisés.

Aussi, la victoire du parti de l’Indépendance, l’Istiqlal, à 52 sièges sur 325, est conforme à la sociologie marocaine dont l’électorat se situe plutôt dans les zones rurales et où les préoccupations de l’électeur sont concrètes. C’est par intérêt et pour l’efficacité que le fellah vote Istiqlal. Le député le plus à même de lui être utile est celui qui est perçu comme étant proche du cœur du pouvoir, donc du Palais. Avec ses réseaux de notables locaux et son assise politique, l’Istiqlal apparaît en effet comme le mieux placé pour améliorer la vie dans des régions oubliées par les politiques de développement. Le quadrillage par l’administration des villages est souvent un relais utile à ce vieux parti dont la plupart des barons ont été battus à l’exception de son secrétaire général Abbas El Fassi. Le Roi n’a rien à craindre de ce parti qui a été de tous les gouvernements depuis l’indépendance du pays en 1956 et est l’un des piliers de la monarchie. C’est probablement de ses rangs que devrait sortir le Premier ministre que choisira le Roi.

Quant au Parti islamiste de la justice et du développement (PJD), qui arrive en deuxième position au nombre de sièges (47 contre 42 en 2002), il n’a pas encore fait savoir s’il participerait à cette équipe gouvernementale. Les discussions internes risquent d’être âpres parmi les dirigeants du mouvement islamiste. Certains ne manqueront de souligner que les mauvais résultats de ces élections sont la conséquence de la stratégie de co-gestion avec le Palais, et plaideront pour une rupture réelle et une opposition à la politique menée depuis 8 ans. D’autant que sur ce terrain l’autre mouvement islamiste, Al Adl wa Ihsane toujours interdit, ne manquera pas de faire de la surenchère sur les thèmes développés par les deux partis.

On peut ainsi dire que cette consultation ne marque pas un tournant, mais qu’elle confirme ce que l’on savait déjà de la sociologie politique d’un pays très conservateur et d’un électorat devenu une clientèle. Dans ce contexte, et sans opposition, il convient de parler d’évolution du Makhzen et non de modernisation car les réformes se poursuivront dans un cadre semi-autoritaire. Kader Abderrahim / IRIS / 17 septembre 2007

Kader Abderrahim
Chercheur associé

 

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