Quelle republique nous voulons construire en Tunisie
Noisy-Le-Grand, le 25 Juillet 2007
Signé : BOUCHADEKH Abdessalem
Le parti au pouvoir est d’ores et déjà engagé dans une Pré-campagne conjurant l’actuel président à briguer un cinquième mandat de cinq ans en 2009d’un côté, de l’autre deux partis légaux le Parti démocratique progressiste (PDP) et le Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL) ont appelé à une « Conférence nationale pour la République » prévue samedi 7 juillet 2007 au siège du PDP à Tunis, mais le Parti des ouvriers communistes de Tunisie (POCT) et le mouvement islamiste En-Nahdha sont également partie prenante de l’initiative, avec des personnalités de la société civile.
Cette action a été décidée dans le cadre de la « Collectif du 18 octobre pour les droits et les libertés », instance fédératrice des principales composantes de l’opposition créée à la suite de la fameuse grève de la faim menée par huit figures de la société civile à l’occasion du Sommet mondial de la Société de l’information (SMSI) tenu à Tunis en octobre 2005.
Quelle "République" s’offre-t-elle corps et - surtout- biens à un individu armé qui dispose de ses hommes et de ses femmes comme de méprisables sujets. La question est donc de savoir, si les Tunisiens ont jamais vécu en république véritable. Même les Tunisiens qui tiennent cette interrogation pour excessive ne le font que par réalisme résigné.
Le 20 mars 1956, comme le 25 juillet 1957, pour nos parents ne semblent pas avoir le même sens que pour les jeunes de notre génération. Ceux qui ont contribué à la libération de notre pays d’une colonisation de peuplement qui nous a fait violence et humilié pendant trois quarts de siècle, qui nous a dépossédé de nos terres, de notre souveraineté et même de notre humanité, ne sont plus au pouvoir, voire de ce monde, dans leur majorité.
Pour savoir vraiment ce que représente l’indépendance et la République, il faut avoir connu et vécu l’état qui l’a précédé, ses violences physiques et morales, ses affres en tout genre mais aussi la fierté et l’immense bonheur d’avoir fait un tant soit peu pour que le rêve devienne réalité.
Rêve brisé pour beaucoup et transformé en cauchemar pour certains, puisque cinquante après, la dépouille d’un exilé tunisien, décédé à l’étranger, a dû attendre trois semaines dans une morgue parisienne avant d'être admise à être enterrée dans son pays; qu’un autre Tunisien, qui ne revendique pour lui, dans sa patrie, que l'emplacement où il sera enterré, soit contraint de négocier sa capitulation, pour pouvoir rentrer chez lui, revoir les vivants et faire une prière sur les morts et que tous les ans, par milliers, les Tunisiens fuient le pays, souvent au prix de leur vie, pour respirer et essayer de vivre !
Mais la génération qui gouverne actuellement ne peut tromper personne, puisqu’elle est complètement étrangère à la lutte de libération et à l’indépendance et pour la République. Il n’y a aucun responsable du RCD, y compris, le plus vieux d’entre eux, dont le nom soit mêlé de près ou de loin à cette époque.
Et c’est une imposture qu’il se revendique de la lutte pour l’indépendance, ou pour l’instauration de la République, d’autant que cette équipe gouvernante a effacé le souvenir de toutes les figures historiques. Mais ce n’est pas parce que le thème est exploité par la dictature que les patriotes doivent s’en détourner. Ils ont eux aussi, le droit et le devoir de commémorer ces dates, à leur façon, parce que nous sommes à un moment crucial de notre histoire.
Nous sommes en train de perdre lentement mais sûrement notre souveraineté nationale et de renouer avec la décennie qui a précédé le protectorat. Nous sommes aussi à un moment crucial de l’histoire du monde, parce que le colonialisme est de retour.
Quand les occidentaux européens et anglo-américains confondues se lancent dans la conquête du monde dont, la France, tente de réhabiliter son œuvre coloniale, il y a péril dans la demeure, quand on voit ce qui se passe plus largement dans le Monde Arabo- musulman.
Avec les tentatives de déstabilisation des régimes, certes pourris, et le démantèlement de pays et d’émiettement des sociétés, au nom du Droit d’ingérence, de la démocratie, des Droits de l’Homme, de la liberté et de la libéralisation économique, il faut se poser des questions.
Pour nous et beaucoup d’autres, le combat pour la démocratie et la liberté ne doit pas être mené séparément de celui de la consolidation de l’indépendance, de la République dans son sens le plus noble du terme qui sont les principes de la Justice, de l’Egalité, de la Liberté d’expression et de l’affirmation de la souveraineté nationale.
La Tunisie n’est pas « l’échantillon archétypique de l’État importé » comme l’écrivait certains, mais c’est un Etat, né il y a au moins trois siècles, avec la dynastie Husseynite, dont le développement et l’accomplissement ont été perturbés.
La République dans notre pays, demande beaucoup et ne donne presque rien et puisque normalement tout citoyen doit en profiter, prendre sa part dans cette République à condition de nous laisser notre part, qui consiste juste quelque chose que nous aimons, et dont nous sommes attachés.
C’est la liberté de respirer, de voyager et de communiquer. La liberté de penser et de réfléchir. La liberté d’inviter des amis quand nous voulons et comme nous le voulons. La liberté de rêver comme nous voulons et comme nous le voulons et quand nous le voulons et comme nous le voulons et quelque soit le sujet. Tout simplement nous laisser l’Honneur d’être un Homme.
Le minimum requis au niveau du cadre consensuel nécessaire à une République démocratique existe, or, ne pas être en mesure de faire prévaloir ce qui uni les Tunisiens pour un meilleur régime reste à réaliser.
Tant que nous demeurerons incapables d’accorder les éléments consensuels du discours Républicain avec l’attitude vigoureuse et unitaire qu’il faut pour défendre son contenu, nous resterons ces acteurs, mineurs, d’une vulgaire République sans âme.
Le bilan qui ne manque de zones d’ombre est généralement positif, bien que le régime institué après l’Indépendance était centré sur un seul homme et un seul parti au pouvoir, en manque de toute idéologie, il a dévié dans les années soixante vers un système stalinien et la domestication des institutions de la République.
Cette évolution furent d’abord un déficit démocratique qui a privé le peuple de l’exercice des droits qu’il devait légitimement revendiquer, et une lente décomposition du régimes consécutive à la sénilité et à la maladie de son président.
Le pays était livré aux courtisans et aux calculs des candidats à la succession et c’était la survie du pays qui était menacée. C’est à ce niveau que l’arrivée de Ben Ali prend toute sa dimension historique dans la mesure où le Président Ben Ali a libéré le pays de son vieux monarque.
La liberté de Manifester
Si une manifestation à Tunis rassemblant mille ou de deux milles personnes, les forces de police n’hésiteront pas à tirer sur les manifestants et faire de nombreux morts et blessés, mais que si le lendemain, les manifestants revenaient à la charge, ce serait la chute assurée du régime.
A nos jours, aucun parti ou organisation politique ou syndicale n’est capable de faire descendre une centaine de personnes dans la rue. Ce que nous avons constaté au cours de ces dernières années, alors que les Tunisiens avaient de multiples raisons de manifester leur ras-le-bol. Nous croyons que le peuple Tunisien est être plein d’espoir, de bon sens et de patience.
L'alchimie de la réflexion, de l'approfondissement dans la douleur commence déjà à opérer dans le peuple sortira un jour, un peuple plus fort. Ceci ne doit pas décourager et encore moins empêcher les activistes politiques et associatifs de continuer leur œuvre. Mais ce ne sont pas eux, leurs appels et leurs mots d’ordre lancés de l’étranger, qui feront changer les choses. Le Muezzin appelle à la prière cinq fois par jour, mais seuls les croyants convaincus y répondent et encore, il y a quelques années, des jeunes croyants s’interdisaient de prier à la mosquée de peur d’être fichés ou poursuivis.
Il n’y a pas plus douloureux que la perte d’une patrie.
Pour l’histoire, le jour où Cheikh Abdel Aziz Thaalbi, a quité la Tunisie pour l’exil, au cours du mois de novembre 1923, douze personnes seulement, l’ono accompagné au port de Tunis.
A son retour, quinze ans après, en juillet 1937, Cheikh Abdel Aziz Thaalbi a été acclamé et fêté par une foule évaluée à 30 000 personnes, du port à Bab Souika ([1]) .
Chacun est libre de choisir le drapeau sous lequel il mène son combat. Mais il ne suffit pas de s’autoproclamer démocrate pour être crû sur parole. Beaucoup de personnes au pouvoir actuellement ont été marxistes – léninistes - trotskistes maoïstes, bâathistes, progressistes de gauche, c'est-à-dire les tenants d’idéologies totalitaires qui ont à leur compte de nombreux génocides à travers l’histoire, dans une multitude de pays.
Nous n’avons de souvenir que l’un d’entre eux, sauf exception, ont pris la peine d’expliquer à leurs compatriotes, comment et quand il ont fait leur mutation et se sont transformé en démocrates.
Dialogue et concertation
Le dialogue et la concertation auxquels nous avons toujours appelé et qui aurait dû précéder les rapprochements ou les alliances politiques, tactiques ou stratégiques, est plutôt d’ordre intellectuel et théorique, tel que par exemple la place de l’islam dans la cité et son rapport à l’Etat, source de graves malentendus.
Ceci dit, toute rencontre sur des actions ponctuelles peut permettre de se connaître un peu plus, de créer un climat de confiance entre eux et de mettre fin à cette guerre idéologique.
Mais à lire les écrits des uns et des autres, nous avons l’impression d’écouter les discours des années soixante. Un autre dialogue aurait été plus prometteur, c’est celui qui aurait dû se faire entre activistes du même bord, de la même famille idéologique. Cela aurait pu aboutir à la formation de blocs politiques homogènes, plus forts, capables de résister à l’usure du temps et aux facteurs de dissension.
A notre avis, aucun ne renoncera aux « fondamentaux de son idéologie », parce que les uns et les autres sont avant tout des idéologues et leur rencontre ne peut durer que le temps d’une campagne.
En-Nahdha connaît une hémorragie grave dans ses rangs.
A l’intérieur du pays, outre l’emprisonnement de ses cadres les plus actifs et les plus influents, beaucoup de militants et de cadres intermédiaires ont préféré la rupture, alors qu’à l’extérieur, en particulier en France, les cadres ont soit démissionné, soit gelé leurs activités, tandis que d’autres ont, malgré eux, maintenu un semblant de présence pour pouvoir survivre économiquement.
Le malaise est général car une grande partie des militants demande des comptes et un examen approfondi des raisons de l’échec de la stratégie du mouvement. Ils réclament surtout un débat politique et idéologique, ce qui n’a jamais été le fort d’ Ennahdha.
Les profondes divergences qui secouent actuellement le mouvement s’articulent autour de la nécessité ou non d’une analyse critique de la période précédente. Ainsi, les détracteurs de Rached Ghannouchi se posent clairement la question de la responsabilité du déclenchement des hostilités à l’égard du pouvoir.
« L’accusé principal est la direction clandestine, laquelle avait pris la décision, au lendemain des législatives de 1989, de renverser le régime par la force, avec pour unique justification que le pouvoir avait fermé la porte au dialogue»([2]).
A propos d’En-Nahdha et de Rached Ghannouchi
La réponse est que le mouvement islamique en Tunisie a été réduit à la composante Ennahdha, certes la plus importante, il y a une vingtaine d’années certes et, cette dernière, à son chef, alors qu’en réalité, la mouvance islamique est historiquement antérieure au (Ex-MTI) En-Nahdha, beaucoup plus vaste, plus diversifiée par ses idées et plus riche par ses hommes.
Lors des élections législatives de 1989, auxquelles des listes indépendantes, soutenues par En-Nahdha, avaient participé et obtenu près de 20% des voix, Rached Ghannouchi écrit une fois sur aljazeera.net, que « Ennahdha avait obtenu au cours des ces élections 80% des voix ».
Rien que ça, avec des candidats subalternes et sans ses chefs historiques, lui-même, Cheikh Abdel Fettah Mourou, Hammadi Jebali et j’en passe. Mais comment, avec 80% des voix, ce qui représentait 3 millions de Tunisiens, le Cheikh n’avait pas fait soulever les foules et abattu légitimement le pouvoir, se contentant d’un communiqué de protestation contre le truquage et choisissant de partir en exil !!!
Au lendemain des législatives de 1989, Rached Ghannouchi, reçu par le Président Ben Ali, au Palais de Carthage, au lieu de choisir la résistance civile et pacifique, il a choisi la fuite vers l’étranger en France, en Algérie, puis au Soudan avant de s’installer à Londres, pour se couper de la réalité, et perdre toute légitimité en installant toute l’équipe dirigeante à l’étranger.
Les mauvaises langues se demandent pourquoi cette fuite, s’il n’a rien à se reprocher ? Lors du débat sur le thème la Réconciliation Nationale a occupé les espaces tunisiens Internet de façon très insistante. Il s’adressait et impliquait essentiellement les islamistes du mouvement Ennahdha. Mais dans l’immense majorité des cas, les tenants de cette ligne désignent ce parti comme responsable de l’absence de réconciliation. Ils lui recommandent en gros de reconnaître sa culpabilité, de proclamer sa repentance, de se débarrasser de sa direction, de renoncer à l’activité politique et de se rallier à Ben Ali
L’identité arabo- musulmane
L’identité arabo- musulmane est une donnée de base de la société tunisienne depuis des siècles. La colonisation a essayé de nous détourner de notre culture, mais elle n’y est pas parvenue. L’identité est quelque chose qui évolue avec le temps, enrichit et s’enrichit de l’apport des autres. Mais le problème est qu’il y a des gens qui croient avoir pour mission de défendre « la pureté identitaire », ce qui conduit souvent à des projets politiques totalitaires.
La culture est pratiquement absente des préoccupations des partis et je ne crois pas qu’il soit possible de négocier une stratégie culturelle commune entre des partis qui n’arrivent pas à se mettre d’accord sur un programme politique minimum.
Le Mouvement du 18 octobre 2005
Faire la grève de la faim, c’est se faire violence pour toucher la conscience de l’adversaire et l’amener à prendre en compte les revendications du gréviste. Nous avons soutenu toute forme de combat pour les Libertés . En alertant l’opinion publique, nationale et internationale, les gréviste s’assurent un soutien à leurs revendications qui peut faire pression sur l’adversaire. Or ce que beaucoup de gens ignorent ou feignent d’ignorer, c’est que Ben Ali n’a jamais cédé sous la pression et encore moins celle des grévistes de la faim.
Il y a eu des centaines de grèves dans les prisons, au cours des vingt dernières années, certaines suivies par des dizaines de prisonniers durant des semaines. Aucune n’a abouti à la libération de l’intéressé. Par contre les grèves menées pour l’amélioration des conditions carcérales ont souvent abouti à quelque chose.
Les grévistes du 18 octobre ont entrepris une tournée en Tunisie, même dans les conditions difficiles que nous connaissons tous, ils auraient eu plus de succès auprès de la population. Maintenant beaucoup continuent à vivre sur ce rêve.
Quel modèle politique possible
Le seul modèle pouvant servir aux Tunisiens de modèle est celui de la Turquie d’aujourd’hui, qui vient de gagner les élections législatives avec 47% des voix, avec laquelle nous partageons une longue histoire et dont les fondements de l’Etat moderne ne nous sont pas étrangers.
La Réconciliation Nationale
Une réconciliation n’est pas une trêve ou un armistice entre deux camps, fatigués de se guerroyer, mais plutôt l’aboutissement d’un cheminement intellectuel et politique des protagonistes, concluant à la nécessité de faire la paix. Une paix totale et durable, dans la société et dans les esprits. Une réconciliation se prépare et doit être précédée par un effort de vérité à faire sur les événements de ces quinze dernières années et sur les responsabilités des uns et des autres.
Un débat sur le thème la Réconciliation Nationale a occupé les espaces tunisiens sur internet de façon très insistante. Il s’adressait et impliquait essentiellement les islamistes du mouvement Ennahdha. Mais dans l’immense majorité des cas, les tenants de cette ligne désignent ce parti comme responsable de l’absence de réconciliation. Ils lui recommandent en gros de reconnaître sa culpabilité, de proclamer sa repentance, de se débarrasser de sa direction, de renoncer à l’activité politique et de se rallier à Ben Ali. Rien de moins !
Ce qui semblait être un vrai malentendu, c’est l’acharnement de certains à présenter cette démarche comme inédite. Le problème demeure que les tenants de ladite réconciliation sont très divers, mais on peut les classer comme suit :
Les agents du régime, qui agissent de concert avec la police politique, notamment dans les chancelleries à l’étranger. Leur discours est reconnaissable à leur objectif ultime qui est de rabattre les Tunisiens vers le pouvoir.
Le danger de cette catégorie est qu’elle présente son action comme un projet politique et non comme un acte individuel de mercenariat. Certains savent-il seulement ce qu'ils disent en parlant de réconciliation ?
D’autres Tunisiens lassés, dégoûtés par les années d’exil et de répression sur eux et sur leurs familles. Ce sont ceux qui cherchent à se défaire de leur statut d’opposants ; un statut qui ne correspond pas (ou plus) toujours à une quelconque réalité , y compris pour certains réfugiés statutaires. C’est ce qu’on a pu qualifier de salut individuel.
Cela arrange bien le pouvoir, mais au fond, nul ne peut contester à ces compatriotes le droit de cesser leur engagement politique. C’est un problème de liberté individuelle tant qu’il ne s’accompagne pas de coups de couteau dans le dos des anciens camarades de lutte.
Des Tunisiens qui pensent sincèrement qu’ils ne pourraient changer quoi que ce soit à la réalité politique en accordant au régime des concessions au-delà de ce qu’il a demandé. Le problème ici c’est que ces personnes s’inscrivent eux aussi dans une ligne politique et non dans une pratique individuelle.
La dernière catégorie est celle de vrais opposants qui pensent qu’il faut savoir changer de tactique dans un équilibre des forces défavorable ; c’est néanmoins un projet politique pour des gens qui attendent des gestes en retour de la part du régime. Ils restent dignes et ne s’aplatissent pas en paillasson sous les bottes du régime à Tunis.
Ce qu’on retiendra de cette longue polémique c’est le risque qu’elle présente de conforter le pouvoir dans son entêtement maladif à ne rien lâcher aux Tunisiens et même à rogner le reste de ce qu’ils ont pu conserver de libertés et de dignité.
Pendant ce temps-là, la situation s’est notablement détériorée : loi anti-terroriste fourre-tout, prison à nouveau débordantes, volonté acharnée et affichée de tout mettre sous sa coupe par la violence
C'est dans ce cadre qu'il convient de placer la dernière offensive de charme lancée en direction de certains milieux par Moncer Rouissi, le Mr droits de l'Homme de Ben ali. Cela a apparemment rapporté gros (des millions présidentiels) à l'ATFD de Mme Khadija Chérif. D'autres contacts seraient en cours pour compromettre le plus de monde possible et semer davantage de zizanie dans une société civile bien incapable de se fixer un cap. M. Rouissi aurait-il du succès pour son passé de militant de gauche ? Est-il possible alors que certains milieux de gauche se laissent instrumentaliser avec autant de facilité ?
Les victimes de torture pourront toujours demander justice et réparation. Mais si on veut vraiment une réconciliation nationale, il faut éviter de s’engager dans des séries de procès sans fin. Les pays de l’Est européen, qui ont connu le stalinisme et ses horreurs, sont passés par là, il suffit de quelques procès symboliques, des réparations matérielles pour les plus démunis et d’excuses officielles de l’Etat aux victimes, le jour où il y aura à sa tête un président élu démocratiquement.
Pour les familles ruinées, et ceux qui se sont enrichies du jour au lendemain, une commission sera chargée de rendre justice aux Tunisiens spoliés de leurs biens, par contre, il n’y a pratiquement rien sur la corruption en dehors des quelques généralités diffusées de temps à autre sur Internet.
La Constitution tunisienne de 1957, existe depuis un demi-siécle, dans ses fondements, elle n’a jamais été appliquée, ni dans l’esprit ni dans la lettre, elle a été amendée huit fois depuis 1987. Il est temps de se diriger vers une seconde République, qui sera à l’écoute des exigences de la population du 21° siècle. Cela aurait dû être fait depuis 1987.
Le parti au pouvoir, RCD, il y a plus de 2,5 millions d’adhérents officiellement. Il n’a donc aucun problème de ce côté. Pourquoi les Tunisiens ne s’engagent pas ailleurs, tout simplement parce qu’ils ont peur ou qu’ils n’ont aucun intérêt à le faire ? C’est au RCD qu’ils trouvent la solution à leurs problèmes et ils y vont.
Comment démocratiser la Tunisie
Il suffit de réduire les tensions politiques et sociales, régler les problèmes nés de la crise des vingt dernières années, par la libération des derniers prisonniers politiques, la réhabilitation morale et la réintégration des anciens dans la vie économique et sociale.
Rétablir un climat de confiance entre les divers partenaires et notamment entre les principaux d’entre eux, établir un climat de liberté et de justice. Dans le pays il existes en Tunisie, deux partenaires principaux incontournables, ce sont les Déstouriens et les Islamistes et c’est entre eux que doit se régler le contentieux des années 90.
Après, le champ s’ouvre aux autres acteurs de la vie politique, sauf que certains ne veuillent pas régler ce contentieux parce qu’ils ne peuvent exister que dans un climat de tension. C’est pour cette raison qu’ils ont du mal à accepter la libération de certains prisonniers politiques et font tout pour retarder la solution de ce problème.
Quel président Pour la Tunisie
Pour La Tunisie, il faut, à sa tête un président élu démocratiquement. Quelqu’un qui soit demeuré en Tunisie et non pas un exilé à l’étranger et qui n’est pas connu pour être un suppôt d’une quelconque puissance étrangère. Ce sont là quelques critères que d’autres pourront affiner, pour cerner le profil d’un leader de large consensus.
Il faut aussi définir les objectifs de la prochaine étape. Si c’est pour continuer à revendiquer plus de liberté d’expression et d’association, la libération des prisonniers et l’amnistie générale, lesquelles ne mobilisent que les quelques dizaines d’activistes, alors il vaut mieux s’abstenir de s’engager dans cette voie et continuer dans le bricolage actuel.
Depuis le 20 mars 1956, date à laquelle la Tunisie, a accédé à l’Indépendance, en recouvrant certains des attributions de sa souveraineté, après une lutte contre la colonisation Française, et dont elle a été l’un des pionniers à poser ce problème auprès des Nations Unies.
L’Indépendance en Tunisie a été un simple transfert de pouvoir de la puissance coloniale représentée par Pierre Mandés-France et le Chef du mouvement national en Tunisie, qui a obligé les combattants armés à déposer les armes. Depuis, ce sont les hommes de Bourguiba qui ont mis la main sur le jeune Etat tunisien, porteurs d’un projet politique et culturel qui commença à se réaliser des les premiers jours de l’indépendance, sans le consentement de la population qui est censée être, seule détentrice de la souveraineté, dans un régime démocratique.
Une série de réformes audacieuses qui ont dénaturé l’identité du pays, sous l’ouil protectrice de l’ancien occupant, et sans mandat du peuple souverain, sous prétexte de l’émancipation de la femme, la réforme de l’institution judiciaire et éducative, par la fermeture de l’enseignement Zeitounien arabisant, au profit de l’enseignement Franco-Arabe, et pour finir par la proclamation de la République, par un complot contre le Bey Mohamed Lamine, sans verser une goutte de sang. Bravo à ce niveau.
En 1968, Ahmed Mestiri ministre de la défense Nationale claque la porte pour protester contre la politique économique en Tunisie. En 1971, Ahmed Mestiri ministre de l’Intérieur claque la porte une seconde fois pour protester contre la contre la personnalisation excessive, et le manque de libertés en Tunisie. En 1974, ce sont des compagnons de route de Bourguiba qui claquent la porte pour protester contre la personnalisation excessive et tout aussi dangereuse du pouvoir. Sept ans plus tard, ce sont ces opposants-là, menés par Ahmed Mestiri qui obtiennent un début d’ouverture, y compris dans un parlement entr’ouvert à la jeune opposition désormais institutionnelle. Nul ne peut oublier l’immense espoir qu’avaient fait naître les élections de 1981 et la grande marge de liberté d’expression qui les avait accompagnées.
Le Mouvement de la tendance islamique (MTI) , crée le 5 juin 1980, choisi la légalité, pour faire part à la vague d’arrestation qui a frappé ses militants. L’opposition continue à jouer le trouble fête.
Le Mouvement de la tendance islamique (MTI) obéit au pouvoir, dans l’espoir d’être reconnu et change sa dénomination en En-Nahdha ; le Parti ouvrier communiste de Tunisie (PCOT) continue à demander sa légalisation.
Dans la même époque, les islamistes tunisiens avaient fait valoir leur droit à l’action politique dans le cadre d’une république démocratique qui reconnaît le droit de chacun à prendre part à la vie politique. Le parti communiste tunisien était sorti de la clandestinité et des organisations de la gauche radicale agissaient publiquement, même si elles n’étaient que tolérées.
Après 1987, toute velléité de contestation de l’intérieur avait disparu. Ceux qui, à l’instar de Hédi Baccouche, exprimaient la moindre distance par rapport au pouvoir sont réduits au silence. Tous évitent toutefois de trop gêner le nouveau pouvoir. Plus encore qu’en 1957, en 2005, avec le recul et suite aux désenchantements des tyrannies marxistes, islamistes ou de quelque bord politique que ce soit, le contenu des principes républicains n’a jamais eu autant de signification tant pour l’ensemble de la classe politique que pour l’opinion publique tunisienne.
Jusqu’aux élections de 1989, qui s’apparentent à une évaluation policière des forces de l’opposition en vue de l’annihiler dans un projet politique global de mainmise sur le pays. Si donc on excepte quelques manifestations de rue à la fin de l’ère Bourguiba, on constate que l’opposition tunisienne a toujours joué l’espoir de retrouver le régime dans une compétition saine pour un Etat de droit et une alternance démocratique.
Lorsque le 25 juillet 1957, la République fut proclamée, elle l’a été au prix d’un coup d’Etat qui balaya le régime beylical sans qu’une seule goutte de sang fut versée, la même expérience fût répétée en 1987 pour certains, mais dans des conditions différentes. Pour que la République s’installe pacifiquement et que la volonté collective en faveur du nouveau régime en place, c’est de l’action et la communion qu’il a besoin.
Aujourd’hui la légitimité du régime républicain ne semble pas souffrir de réelles failles consensuelles. Personne de sérieux ne conteste les piliers de la République, or ce qui est contesté est la mise en ouevre d’une République réelle basée sur l’indépendance des trois pouvoirs (L’exécutif, le Législatif et le Juridictionnelle).
Le second piliers de la République est la garantie des libertés publiques ( Liberté d’expression, d’association et d’organisation).
Le troisième pilier de la République est la garantie judiciaire pour protéger les citoyens. Ces trois piliers de la République sont détenus par le RCD (parti au pouvoir depuis 1957), qui détient le monopole, sans partage.
Il a réhabilité les valeurs de l’Indépendance et de la République et revalorisé les institutions et l’Etat de droit dans le cadre d’une approche démocratique pluraliste qui a permis à la Tunisie de réaliser des acquis significatifs, pour certains. D’autres ne sont pas de avis, que l’on retrouve dans certains milieux qui considèrent que l’évolution du monde, la globalisation de l’économie et l’hégémonie du marché ont considérablement réduit la portée de l’indépendance du pays.
En fait, il s’agit là d’une approche partielle et réductrice car le monde n’est pas aussi uniforme qu’on veut le faire croire et d’ailleurs on voit l’émergence de courants et de tendances qui se consolident de jour en jour et qui contestent le nouvel ordre injuste que l’on veut imposer à l’humanité.
Aujourd’hui et en ce qui concerne notre pays, l’Indépendance doit être consolidée et enrichie. Cette action doit s’articuler, à notre sens, autour de quelques axes. La Tunisie a réalisé de nombreux acquis politiques, économiques, sociaux et culturels. Ils doivent être renforcés.
D’abord par le rejet de tout sentiment d’auto-satisfaction car, dans ce domaine, rien n’est définitivement acquis, il faudrait donc continuer sur la même voie, demeurer à l’écoute de l’évolution des hommes et des idées, ancrer davantage la démocratie pluraliste dans tous les champs de l’activité publique, promouvoir la culture de l’effort contre toutes les tentatives de déstabilisation.
Il est aujourd’hui clair, surtout après les derniers évènements de la banlieue sud de la Capitale, que notre pays est la cible de mouvements terroristes qui ne reculent devant rien pour réaliser leurs desseins, ce qui nous impose —à nous tous— un devoir de vigilance et de lucidité. C’est là aussi une manière de préserver et de défendre l’indépendance de la Tunisie.
Ce devoir implique la participation et la responsabilité de tous les Tunisiens — pouvoirs publics, partis, société civile, médias…— au delà de leur appartenance id&eac