L'impasse de la politique Securitaire

Publié le par BOUCHADEKH Abdessalem

L’impasse de la politique sécuritaire du régime

 

La Réconciliation est un choix irréversible.

 

Rétablir la confiance et  insuffler un climat d’optimisme et d’espoir

 

Deux camps se dressent face à face : Celui de la démocratie et la liberté face à la dictature.

 

 

 

POUR UNE LOI D’AMNISTIE GENERALE([1])

 

Préservons les valeurs de l’Islam traditionnel du pays

 

 

 

Pour les uns, le rassemblement de l’opposition, toutes tendances confondues, est une nécessité, dictée par l’efficacité. Pour les autres, s’allier avec les islamistes serait un remède pire que le mal .

 

 

 

Après la libération, du 4 novembre2006, de 55 prisonniers de l’ancien mouvement islamiste  «Ennahdha» et les évolutions que connaissent le débat et l’initiative au sein de différents partis politiques et des grandes organisations socio - proféssionnel, dont notamment la central syndicale l’UGTT et la Centrale patronale l’UTICA qui ont tenus leurs congrès, se préparent à la mise en route d’une large discussion sans exclusive en vue de ce nouveau pacte pour le développement, la démocratie et la citoyenneté, au service de la prospérité et du rayonnement de la Tunisie

 

Notre combat est un combat pour la dignité, l’honneur, la liberté d’expression et surtout la souveraineté entière de notre chère pays. Un combat écrasant conte le néo-Colonialisme rampant des puissances étrangères qui rampent pour mettre la main sur nos richesses (Les cimenteries, les Banques et même les Telecom). Voilà le vrai combat qui ferait honneur à tous ceux qui ont donné leur vie pour la liberté.

 

Ben Ali avait 51 ans quand il a pris le pouvoir en 1987. Il en aura 73 en 2009 et 78 en 2014En 2009, ce qui est probable, il se présentera pour un 5° Mandat de 5 ans, en vertu de la Constitution qu’il a amendée à sa mesure. En 2014, il se présentera pour un 6° Mandat de 5 ans, il aura accompli 27 ans comme président de la République, il est à rappeler qu’il avait abrogé en 1987 "la présidence à vie". ([2])

 

Sans surprise, sans le moindre suspense ([3]) La Chambre tunisienne des Conseillers (Sénat) a demandé au chef de l'Etat Zine El Abidine Ben Ali de briguer un cinquième mandat à la présidence, a indiqué vendredi l'agence officielle tunisienne Tap. Cette demande était formulée lors d'une réunion de la première commission de la Chambre, qui rendait hommage à M. Ben Ali à l'occasion du 19ème anniversaire de son arrivée au pouvoir, célébré le 7 novembre2006.

 

Zine El Abidine Ben Ali, 70 ans, dirige la Tunisie depuis le 7 novembre 1987, date à laquelle il a succédé au président défunt, Habib Bourguiba, écarté pour "sénilité". En octobre 2004, il a été reconduit pour un quatrième mandat de cinq ans, rendu possible par un référendum portant amendement de la Constitution, qui autorise un cinquième mandat successif.

 

Cette réforme avait aussi institué pour la première fois une Chambre de Conseillers de 126 membres appartenant majoritairement au Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, au pouvoir).

 

La démocratie et la liberté face à la dictature

 

Aziz Krichen,([4]), lors d’une intervention à Paris, le 16 décembre 2006, à l’occasion du dixième anniversaire de la création du Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT)a fait une importante contribution importante en vu de relever un défi qui l’est plus encore : celui de la communication entre « laïcs » et « islamistes » et donc de la cohabitation entre bon nombre des citoyens de cette planète.

 

Dans une autocritique Aziz Krichen, s’est lancé dans une analyse la plus objective de la situation des rapports entre les Laïcs et les Islamistes depuis les années 70, à nos jours « La construction d’un front commun entre l’ensemble des forces d’opposition, qu’elles se prévalent de la laïcité ou se réclament de l’islam : ce problème décisif me préoccupe depuis longtemps. J’ai pourtant hésité à intervenir dans la discussion ; je craignais que mes propos restent incompris, voire carrément inaudibles.

 

Mais le contexte a évolué, les circonstances ont mûri et cette maturation a été grandement accélérée ces derniers mois, après le 18 octobre 2005. Les prises de position se sont multipliées depuis, et l’on peut affirmer aujourd’hui que la question de l’unité d’action est enfin devenue la question centrale du débat politique dans les rangs de l’opposition tunisienne.

 

Ce débat a mis en évidence deux positions : d’un côté, les partisans de l’unité ; de l’autre, ses adversaires. J’ai des compagnons très chers ici et là. Je comprends et respecte leurs opinions respectives. Telles qu’elles sont actuellement exprimées, dans les deux camps, je dois avouer cependant que je ne les partage pas. Je ne dis pas cela pour afficher je ne sais quelle singularité de façade, mais pour des raisons de fond.

 

Je suis farouchement en faveur de l’union nationale la plus large, pour isoler et réduire le régime Ben Ali et en débarrasser le pays. J’accepterais volontiers l’existence de divergences politiques parmi nous à ce sujet, si celles-ci renvoyaient à des divergences d’intérêts réelles. Mais je ne peux me résoudre à admettre des divergences fondées sur le fantasme, c’est-à-dire sur l’illusion et le vide.

 

Je m’explique. Considérons les thèses en présence. Que constate-t-on ? D’abord, que tout le monde se dit en accord sur la caractérisation de la situation actuelle : la Tunisie est une dictature. Ensuite, que tout le monde est en accord sur le but final : instaurer la démocratie.

 

En revanche, là où plus personne n’est d’accord, c’est sur la manière de procéder, la stratégie à appliquer. Pour les uns, le rassemblement de l’opposition, toutes tendances confondues, est une nécessité, dictée par l’efficacité. Pour les autres, s’allier avec les islamistes serait un remède pire que le mal ; ce serait – je cite – « échanger l’autoritarisme actuel pour un totalitarisme à venir ». Dès lors, « chid mchoumeq la ijîq ma achouam », un mal connu vaut mieux qu’un plus grand mal à connaître.

 

A partir de prémisses identiques, les deux parties aboutissent ainsi à des conclusions opposées et, pour tout dire, inconciliables. Chacun étant persuadé de la vérité de ses convictions, personne ne fait le moindre pas en direction de l’autre.

 

S’y risquerait-il qu’il serait aussitôt accusé de trahison ou de manipulation… Pareil dialogue de sourds paralyse l’opposition depuis des années, plombant le pays, obscurcissant son horizon et permettant à Ben Ali de perdurer au pouvoir. Nous sommes pris dedans comme dans un piège, dont il est pressant sortir.

 

Non pas en apportant des arguments supplémentaires dans un débat condamné d’avance à rester stérile, mais en déplaçant les lignes de la discussion, en en changeant radicalement les termes – bref, en remettant le débat politique sur les bases qu’il n’aurait jamais dû quitter, la tête par-dessus les épaules et non l’inverse.

 

Laissez-moi vous raconter une histoire, d’origine américaine, je crois, ce qui n’est pas innocent. Cela se passe la nuit, dans une ville quelconque. Les rues sont désertes. Sur un pont, dans le rond de lumière projeté par un réverbère, un homme est penché. Il semble fouiller le sol. Arrive un passant. Il lui demande s’il a besoin d’aide.

 

« J’ai perdu mes clefs », répond l’homme. « Où sont-elles tombées ? » « Là-bas ! » D’un geste de la main, il indique le trottoir en face. Le passant ne comprend plus. « Pourquoi les cherchez-vous ici si elles sont tombées là-bas ? » « C’est pour l’éclairage, il n’y en a pas de l’autre côté ».

 

Je me suis souvent raconté cette histoire. Je la trouve drôle et en même temps touchante, finalement très représentative de notre commune condition humaine. Souvent, nous cherchons des solutions là où elles ne se trouvent pas.

 

Cela peut s’expliquer par la bêtise ou l’entêtement – nul n’en est dépourvu –, cela peut s’expliquer aussi par la fascination de la lumière. Celle dont notre propre vision subjective déforme la réalité extérieure ; celle dont les puissants de ce monde aveuglent nos yeux, pour précisément nous inciter à aller regarder ailleurs ; ou encore une combinaison des deux...

 

Revenons au sujet. La Tunisie est une dictature : disant cela, nous définissons le régime politique du pays, mais rien que lui. Comment caractériser les autres dimensions de notre existence collective, l’économie, la structure sociale, la culture ? Je n’avancerai que des constatations empiriques, partagées par le plus grand nombre.

 

Pour l’économie, je dirai qu’elle est désarticulée, peu et mal intégrée entre ses différents secteurs, en déficit chronique sur le plan des échanges commerciaux et de la balance des paiements, et qu’elle est traversée de part en part par une logique de clientélisme et de prédation, une sorte d’accaparement maffieux des principales sources de la richesse nationale.

 

Ce caractère difforme de l’économie se retrouve sur le terrain social, où il se traduit par une polarisation poussée à l’extrême. Un premier cercle très restreint – quelques centaines de familles –, comprenant les fortunes grosses et moyennes, parentes ou alliées des clans qui détiennent le pouvoir.

 

Un deuxième cercle plus large mais toujours réduit et qui tend même à se contracter – quelques dizaines de milliers de familles –, jouissant d’un niveau de revenu et de consommation se rapprochant du standard européen moyen.

 

Enfin un troisième cercle, englobant l’écrasante majorité de la population – sept à huit millions de personnes –, survivant dans des conditions précaires, sinon dans l’indigence et la misère, en particulier dans les zones rurales et l’habitat périurbain.

 

Les lignes de fracture sont tout aussi tranchées dans le domaine de la culture et des modes de comportement. A côté de conduites « modernistes » ou « occidentalisées », en perte de vitesse, les phénomènes de crispation identitaire vont, au contraire, en s’amplifiant, affectant l’ensemble du corps social.

 

L’Etat paraît de moins en moins armé pour s’opposer à la montée de la réaffirmation religieuse. La répression officielle est impuissante ici à obtenir des résultats durables, parce qu’elle n’est pas en mesure de contester les motivations des milieux qu’elle frappe – l’Etat étant lui-même otage d’une rhétorique de légitimation religieuse.

 

Sans être entièrement superposables, ces différents registres de la scène collective – la politique, l’économie, le social, la culture –, sont évidemment étroitement liés entre eux. En un mot : ils font bloc, ils forment système, et un système en fin de compte cohérent. La même figure est à l’œuvre partout : la domination de quelques-uns, l’exclusion de la plupart.

 

Renverser le régime Ben Ali

 

Bien entendu, lorsque nous parlons de la nécessité de renverser le régime Ben Ali, c’est le système tout entier que nous visons. La lutte contre la dictature, la rupture démocratique ne sauraient se limiter à un simple changement de personnel politique, laissant les autres logiques d’exclusion libres de continuer à déchirer le tissu national.

 

Pareil changement ne serait qu’un trompe-l’œil et n’aurait d’ailleurs aucun avenir. On ne voit pas par quel miracle, en effet, la démocratie pourrait s’enraciner et se stabiliser sans un minimum de cohésion sociale, un minimum de développement économique et un minimum de sérénité dans le rapport avec l’islam.

 

Nous sommes donc confrontés à un système global. Et ses différentes expressions contribuent toutes, par leur fonctionnement convergent, au maintien des choses dans leur état actuel, qui est désastreux. Quel est alors le principe explicatif général d’un tel système ?

 

Comment s’est-il constitué ? Où se situe sa zone d’appui principale ? Où appliquer le levier de l’action de transformation ? En d’autres termes : où se trouvent les verrous et où se trouvent les clefs ? Sur le pont, rappelez-vous, il y avait deux trottoirs, l’un éclairé, l’autre pas. Dans notre affaire aussi, il y a deux directions de recherche possibles. L’explication peut se situer dans le pays : ce sont les causes internes.

 

Mais elle peut aussi résider au dehors, plus précisément dans le type de relations, inégales et déséquilibrées, qu’il entretient avec le reste du monde, spécialement les pays occidentaux : ce sont les causes externes. Inutile de préciser quel trottoir bénéficie de l’éclairage le plus intense et celui que l’on s’efforce de maintenir dans la plus totale obscurité.

 

Quand il s’agit de décrire la crise profonde qui secoue le monde musulman en général et les pays arabes en particulier, les feux des projecteurs occidentaux sont systématiquement dirigés sur la mise en évidence des défauts de nos structures intérieures.  Ces carences sont rapportées à des déterminismes enfouis dans la longue durée, et présentées comme le résultat logique nécessaire d’une histoire et d’une culture qui nous seraient propres*.

 

Lorsque de telles problématiques sont reprises et relayées par des acteurs autochtones, on peut constater que ces derniers sont fortement encouragés, soutenus, applaudis et reconnus. On les publie, on les "médiatise", on les invite, on les récompense : ils font le travail à votre place.

 

Depuis l’époque lointaine de notre jeunesse, j’ai pu connaître puis voir se succéder un nombre considérable de théories élaborées dans cette optique. Une mode chassant l’autre, chacune d’entre-elles a connu son heure de gloire. Je vais rappeler les plus récurrentes, simplement pour indiquer l’ampleur et le caractère planifié de l’œuvre de démolition engagée. Aucune de nos institutions sociales n’a été épargnée, aucune n’a trouvé grâce.

 

Je cite en vrac : pas de propriété privée de la terre, non-émergence d’une classe d’entrepreneurs, structures familiales closes sur elles-mêmes, condition inférieure de la femme, absence de villes dotées de franchises, mépris du travail manuel, mépris de la technique, refus de l’innovation, conception cyclique du temps.

 

Je poursuis : instabilité des règles de succession dynastiques, vénalité des élites, défaillance des pratiques consultatives et électives, inaptitude à fonder et à administrer l’Etat, tyrannie (le fameux despotisme oriental), non-représentation des corps intermédiaires, impuissance militaire.

 

Je continue : passivité et fatalisme des populations, domination de l’esprit communautaire, tendances compulsives à l’anarchie et au pillage, faiblesse du sentiment national, absence d’aspiration à la liberté, non-émergence de l’individu, non-apparition de la société civile, défaut de vraie pensée théologique, réduction de la foi à des rituels sociaux contraignants, relativisme moral, absence d’éthique intériorisée.

 

Même la philologie a été mise à contribution dans cette entreprise de rabaissement tout azimut. Les structures de base de la langue arabe, son fonds lexical et sa syntaxe – domaines "ontologiques" par excellence – favoriseraient les seules ressources de l’imagination, au détriment de celles de la raison. C’est pourquoi la maîtrise des activités spéculatives serait interdite aux Arabes, ainsi que la construction d’œuvres de l’esprit d’une inspiration suffisamment vaste et élevée pour prétendre à l’universel…

 

Arrêtons l’énumération. Après une telle litanie, beaucoup diront que j’exagère, que je fais une fixation ridiculement anachronique, que les thèmes cités sont ceux de l’orientalisme colonial et que tout cela est définitivement derrière nous. En est-on si sûr ?

 

Certes, dans la foulée des "indépendances", dans la période ouverte par Bandung et la création du Mouvement des non alignés, on a eu le sentiment d’un net changement d’approche. Le regard occidental a paru s’infléchir et se modifier.

 

Les médias et la recherche académique, notamment, adoptèrent un ton nouveau, plus nuancé, plus équilibré, poussant parfois le souci de réparation jusqu’à la prévenance et la sympathie compréhensive. L’ethnocentrisme fut dénoncé pour ce qu’il était : une perversion de la connaissance de l’autre, provenant de ce que l’on se posait soi-même comme étalon et modèle.

 

Mais l’abcès de la relation inégale ne fut jamais réellement purgé. Le discours occidental est resté marqué, sur le fond, par une volonté de domination et non par une volonté de savoir. Si les anciennes représentations idéologiques semblaient avoir quitté le devant de la scène, elles étaient toujours là, en arrière-plan, à l’affût, guettant le moment où elles pourraient rejaillir à la surface.

 

La diabolisation des pays arabes et musulmans revient à l’ordre du jour avec la guerre de juin 1967 et la hausse des prix du pétrole en 1974. Un nouveau palier est franchi avec la révolution iranienne en 1979, et un palier supplémentaire après la première guerre contre l’Iraq en 1991.

 

Les vieilleries orientalistes sortent des placards. Elles sont relookées, recyclées et remises en service. Le point d’orgue de cette espèce de retour du refoulé est atteint quelques années plus tard, avec la publication des thèses sur le "clash des civilisations". L’ignoble carnage perpétré le 11 Septembre vient opportunément ensuite apporter les éléments de justification qui pouvaient encore faire défaut.

 

Désormais, pour l’Occident, le problème majeur dans le monde arabe et les pays musulmans, c’est l’islam lui-même. Toutes les autres difficultés lui sont subordonnées. Toutes viennent de lui, toutes y ramènent. Tout se passe comme si on s’était contenté jusque-là de frapper l’adversaire en différents endroits de son corps, en cherchant uniquement à l’affaiblir et à le réduire. Dorénavant, on vise le cœur, on vise la tête, on cherche à l’abattre définitivement. L’islam est la dernière digue. Qu’il faut rapidement faire sauter, car il y a urgence.

 

L’islam,  l’ ennemi n° 1

 

L’islam n’est plus seulement une menace interne aux pays arabes – qui les empêche de goûter aux bienfaits de la démocratie et de l’économie de marché, et donc d’accéder à la modernité –, ce n’est plus simplement une menace pour Israël – dont on nous rappelle toujours qu’il est l’unique démocratie véritable de la région –, l’islam est désormais une menace globale, pour le monde en général et pour l’Occident en particulier. Car l’islam est lui-même aujourd’hui mondialisé : sur le plan démographique, du fait de l’émigration en Europe et aux Amériques ; sur le plan des idées, grâce à Internet.

 

On ressort le vocabulaire manichéen de la guerre froide. L’islam, c’est le nouveau ennemi n° 1 du monde libre. C’est le fascisme vert, succédant aux fascismes rouge et brun. Dans ces conditions, le ton n’est plus à l’apparente neutralité ni à la modération.

 

On est en guerre. Une guerre qui va aller en s’intensifiant. Et qui appelle un discours belliqueux, de mobilisation générale pour le combat. Deux camps se dressent maintenant face à face : celui de la démocratie et de la liberté de conscience ; celui de la dictature et de l’obscurantisme religieux. Chacun est sommé de choisir et rejoindre le sien, sans plus tarder.

 

Nous revoilà placés devant une alternative qui rappelle étrangement celle dont nous devons nous-mêmes débattre. Mais arrêtons-nous un instant pour faire le point. Reprenons les théories attribuant la crise actuelle des pays arabes à des causes internes. Qu’ont-elles en commun, par-delà tout ce qui les différencie ? Qu’est-ce qui les réunit ?

 

J’ai déjà parlé de l’ethnocentrisme. Il y a une unité plus radicale encore. L’Occident parle du monde Arabo-Musulman comme s’il était à part. Comme s’il formait une sorte d’univers isolé avec lequel lui-même, l’Occident, n’entretenait pas de relations significatives. Et comme si ces relations n’entraînaient pas de conséquences substantielles sur l’évolution de ce monde prétendument à part.

 

Sur un plan strictement rationnel, c’est la tare principale du discours occidental sur l’islam et l’Orient. Comment prétendre connaître un phénomène sans l’intégrer dans le système complexe de rapports, connexions, actions et réactions, à travers lesquels, seuls, il existe ?

 

Dans le domaine des sciences physiques, pareille démarche disqualifierait son auteur dès le départ. Dans celui des relations internationales, il en va autrement. Ici, les règles de la simple logique ne pèsent pas lourd devant la loi du plus fort. Et quand les haut-parleurs des médias de masse occidentaux se mettent à hurler dans le même sens, il est difficile d’entendre autre chose que leurs hurlements...

 

Si vous essayiez malgré tout de tirer le débat dans le sens inverse, la parade serait d’ailleurs vite trouvée. « Eh quoi, s’exclamera-t-on, vous voulez encore ramener la colonisation sur le tapis ? Soit, vous avez été colonisés ; mais aujourd’hui, vous êtes indépendants, n’est-ce-pas ?

 

Ce sont les vôtres qui sont aux commandes. Et nous vous accordons même des aides, de l’argent dont nous privons nos propres citoyens. Vous n’allez pas continuer à nous faire porter le poids de vos difficultés parce que vous ne savez pas comment vous en sortir ! »

 

Là-dessus, pour vous condamner définitivement au silence, tombera le verdict des pourfendeurs professionnels de la repentance, ces nouveaux chevaliers des temps modernes – la France en possède quelques spécimens cocasses –, qui ne veulent plus entendre parler de la « culpabilité de l’homme blanc ». Ils décréteront que vous vous complaisez dans une « posture victimaire », qu’une telle attitude constitue un scandale moral. Nous refuserions d’assumer nos responsabilités.

 

Au lieu de nous attaquer aux maux réels qui rongent nos sociétés, nous chercherions à nous défausser sur des boucs-émissaires imaginaires, sur lesquels nous déverserions notre haine et notre ressentiment. Nous ne serions plus que des ratés de l’Histoire, jaloux de la réussite des autres, et la rage engendrée par nos échecs répétés nous enfoncerait dans une dialectique infernale de violence, de nihilisme et de mort ! »

 

« Les Etats-Unis consomment plus qu’ils ne produisent ; ils importent plus qu’ils n’exportent ; ils empruntent plus qu’ils ne prêtent. Pour équilibrer leur balance courante, ils doivent lever à l’extérieur l’équivalent de deux milliards de dollars par jour, soit environ 700 milliards par an.

 

Et ils y parviennent parce qu’ils maîtrisent l’essentiel de la circulation internationale des capitaux. On peut affirmer en toute rigueur qu’ils vivent aux dépens du reste du monde. Le trop-plein, chez eux, vient du manque et de la privation qu’ils organisent ailleurs. S’ils restent les maîtres du système de domination mondiale, ce n’est plus parce qu’ils seraient le moteur de son développement et de son progrès, c’est d’abord parce qu’ils en sont le bras armé.

 

On comprend dès lors combien la situation des autres grands pays capitalistes peut être inconfortable. Dans une majorité de secteurs économiques, ils savent qu’ils font aussi bien sinon mieux que leur chef de file. Ils savent qu’ils se font souvent gruger par ses méthodes peu orthodoxes. Ils se rendent bien compte que la fluctuation arbitraire du dollar paralyse leur croissance.

 

Ils aimeraient bien s’émanciper et affirmer leur autonomie politique, voire militaire, pour les plus audacieux. Mais, d’un autre côté, ils sont eux-mêmes en butte à la concurrence et aux coups de boutoir provenant de tierces parties : montée en puissance des pays « émergeants », phénomène des délocalisations, perte de marchés, etc.

 

Devant ces pressions et menaces inhabituelles, on comprend alors que la réaction spontanée de la majorité des dirigeants politiques, de droite et de gauche, soit de resserrer les rangs, de préserver l’unité du front des nantis et des privilégiés, bref de renforcer l’alliance atlantique – l’alliance des riches contre les plus démunis, sous hégémonie US.

 

Les atermoiements tragi-comiques de la construction européenne illustrent bien ce balancement. Son blocage actuel est symptomatique d’un réalignement de fait derrière le grand frère américain. D’où proviennent les nouvelles turbulences ? Aujourd’hui, principalement d’un pays, la Chine, un continent plutôt, doté d’un potentiel démographique colossal. Avec les Etats-Unis, il s’agit là du deuxième acteur global, du second pôle structurant de la scène internationale actuelle. Comment son émergence a-t-elle été rendue possible ? Par la « mondialisation » ? Oui, si l’on entend par cette notion une politique pour le monde entier, mais voulue et décidée par les Américains.

 

A la base, on trouve un arrangement, une sorte d’accord stratégique conclu dans les années 1980, et dont l’exécution s’est accélérée après la chute du Mur de Berlin. Objet de la transaction : faire de la Chine le nouvel « atelier du monde », le principal lieu de fabrication des biens de consommation de masse, en s’appuyant sur des réserves de main-d’œuvre inépuisables, relativement bien formées, disciplinées et à très bas coût. »

 

« Au lendemain du démantèlement formel de l’ancien système colonial, les tentatives d’édification nationale sont conduites par des régimes le plus souvent autoritaires, à travers une gestion de l’économie centralisée et interventionniste. »

 

« Le facteur de distinction le plus significatif semble être celui du rôle que continue de jouer l’Etat : s’il est ou non en mesure de préserver une capacité de décision autonome. Au regard de ce critère, on peut dresser une sorte de tableau, un classement allant des pays disposant de la plus grande marge de manœuvre vers ceux soumis à l’assujettissement le plus brutal.

 

En haut de l’échelle, on trouve les pays d’Asie

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Publié dans democratiemaintenant

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